Qui était Nedelcu (7 juillet 1857 - 25 mars 1946) ?

Nedelcu Chercea, né le 7 juillet 1857 à Viziru, était le fils de Panait et d'Ilinca Chercea. Ils étaient trois frères (dont un s’appelait Panait, comme le père) et trois sœurs (dont une nommée Ioana).

Le nom "Chercea" est d'origine slave (ukrainienne ou russe ?) et pourrait signifier que leurs ancêtres auraient été pécheurs. Pourtant, Panait Chercea était meunier. Il avait construit un moulin au lieu-dit Islaz (devenu aujourd'hui le quartier Chercea de Brăila), alors dans les environs de la ville.

Nedelcu passa son enfance dans cette région limitrophe de Brăila. Il y fut à peine scolarisé (deux années où il apprit à lire et à écrire et, sûrement à compter). Il avait 12 ans quand il entra comme apprenti chez un menuisier. Après trois ans, à l'âge de quinze ans, il y travaillera pendant une année comme artisan qualifié et - à seize ans - il s'installe à son compte à Brăila, dans la place qui s'appelle de nos jours « Piaţa Mare » (la Grande Place). Il va y exercer son métier de menusier jusqu'en 1877, quand - en pleine Guerre d'Indépendance - il  s'enrôle dans la Garde nationale, comme simple caporal. Il va faire une carrière plutôt fulgurante, grâce à ses diverses qualités. Sa solde lui permet d'aider sa famille. il va même « marier » (doter) deux de ses sœurs. En même temps, il met en place une équipe familiale où il est associé à ses deux frères et probablement à ses beaux-frères. La Garde nationale sera dissoute en 1881, quand Nedelcu avait 24 ans.

Nedelcu est tombé follement amoureux d'Ana Cioroiu, dont la famille était plus riche que les Chercea. Celle-ci lui avait dit que ses autres prétendants la couvraient de bijoux. Il s'est juré de devenir riche pour conquérir sa belle. Toujours est-il qu'elle l'épousera en 1883. Le dot, ainsi que ses propres économies lui permirent d'acheter un moulin à maïs et un bateau. L'ex-menuisier, devenu militaire et meunier, prend une nouvelle initiative en s'engageant dans une affaire commerciale plus complexe.

A la suite de la Guerre d'Indépendance (la guerre russo-turque de 1877-78), la Dobroudja étant attribuée à la Roumanie, les autorités nationales incitent les Roumains à s'y installer. Nedelcu ne perdra jamais d'opportunité commerciale. Il profite des facilités accordées par l'État et fait construire en 1886 un moulin près de la gare de Medgidia. Probablement, un de ses clients était un brave boulanger de Constanţa d'origine albanaise, Iani Zafir, devenu Zamfirescu dans la nouvelle configuration politique. C'était un homme travailleur et croyant, un homme d'exception, de la taille de Nedelcu. Il décide de marier sa fille aînée, Stana, au fils aîné de Zamfirescu (Mircea) et le mariage fut célébré en 1901.

Nedelcu va quitter Medgidia. Il y rencontre des problèmes avec ses concurrents. Aurait-il été trompé dans une quelconque affaire ? Par la suite, il sera très fidèle à saint Ménas, patron des victimes de vols et tromperies. Toujours est-il, qu'il retourne à Brăila, où - un n-ième revirement intervient dans ses activités - il va créer une entreprise d’égrainage du riz (déchargé par les bateaux dans le port de la ville). Il s'installe à nouveau dans la « Piaţa Mare ». Les affaires marchent tellement bien, qu'il transfère son entreprise à côté des docs (strada Malului, n° 3), pour plus d'efficacité et d'espace.

Il décide de diversifier ses affaires et en obtenant un prêt de 3/4 du coût total, il achète des outillages en Allemagne et crée une fabrique de clous barbelés et autres quincailleries, sur un terrain dont la ville de Brăila lui accorde la concession. Juste au début de la guerre, il achète des barbelés en Allemagne. Le bateau qui amenait la marchandise est bloqué à Istanbul. Il fait un vœu et part chercher son bien, qu'il réussit à faire rentrer à Brăila. Durant la guerre, il sera le seul fournisseur de barbelé et devient très riche. Ma grand-mère m’a raconté que pour cet achat ingénieux il aurait demandé à un Juif de lui prêter une importante somme d’argent. C’était risqué, mais le Juif en question lui a fait confiance. Pour remercier de l’aide de ce prêteur juif, Nedelcu a fait une donation après la guerre à la communauté israélite d’une maison pour servir de synagogue. Il est certain que, pour faire suite au vœu qu'il avait fait avant de partir à Istanbul, il a financé les travaux de restauration de l'église des Saints-Archanges, au centre de Brăila.

Il avait une relation très particulière avec Dieu. A la suite de visions, il faisait faire des icônes. Tout ce qu'il faisait devait être en harmonie avec la volonté divine. Il était en permanent dialogue avec Dieu. Autour de sa fabrique, il a fait édifier tout un  quartier (qui porte son nom jusqu'à aujourd'hui), avec dispensaire et école, ainsi qu’une belle église. La richesse ne lui est pas montée à la tête parce qu'il était habité par l'idée qu'il devait tout à Dieu. Il a fait le voyage jusqu'en Terre sainte et il aurait acheté une habitation à Jérusalem. Il a fait construire aussi le monastère de Vladimireşti, près de Tecuci.

Nedelcu avait un grand sens de la communication. Il s'est fait souvent photographier ou représenté en peinture ou sculpture, convaincu de l'importance de la survie de son image. Il dédicaçait ou estampillait tout : photos, livres, icônes, non pas par sens de la propriété, mais pour laisser des traces. Il témoignait sans cesse de son existence et de sa dévotion. Il a été un grand homme, généreux et pieux, inventif et intelligent.

Il me semble presque incroyable quelle ouverture d'esprit pouvait avoir un homme de sa génération, qui tout en étant orthodoxe fervent, fait un don à la communauté juive de sa ville et demande qu'il ne soit pas oublié dans leurs prières. Cela prouve le respect qu'il avait des autres, la profondeur de sa foi, la sincérité avec laquelle il croyait dans l'existence et la justice de Dieu.

 

Voir aussi (en roumain) :

 http://www.adevarul.ro/locale/braila/Povestea_filantropului_care_a_imbogatit_Braila_0_511749047.html

  

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